Réflexions éparses

Reportage sur les katoey en Thaïlande ( à visionner sur You tube)—on les appelle aussi les ladyboys—, trans ou opérés devenus H/F, dont le célèbre manequin "Oï"'. 200 000 trans en Thaïlande, 20 fois + qu'en France. Mais il semble que ce soient bcp d'H voulant être F. "Femme emprisonnée dans un corps d'homme". Dans la religion boudhiste, les catoïs sopnt en fait les victimes de malédiction. Il ya même un concours mondial de beauté pour eux, suivis par ex. Par 20 millions de Thaïlandais qui espèrent une victoire pour leur pays. C en T qu'il y a le plus grand cabaret trans au monde attirant chaque année 500 000 personnes. Toilettes 3ème sexe avec un logo mi-H/mi-F dans un collège. Les katoey sopnt possibles grâce à des injonctions d'hormones mais pas de réel contrôle médical ce qui peut être dangereux : mauvaise santé en vieillisant. Ex. On peut acheter des pilules contraceptives sans ordonnance mais aussi des hormones féminines injectables, et médicaments c. Cancer de la prostate pour inhiber la production de testosterone ! En fait il y a pour ce dernier médicament un simple affichage dans une pharmacie sur les risques encourus. Déséquilibre hormonal influe sur os, muscles et vaisseaux sanguins et donc l'espérance de vie. Bangkok, est devenue la capitale mondiale de la chirurgie du changement de sexe.

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Accroches de dissertation.

Dans le film Hibernatus, c'est le mari qui est convié au ministère pour le grand-père supposé de sa femme.

Dans l'émission de Médiapolis consacré à la cuisine et à la politique, il est dit que l'art de vivre français et le repas en particulier change de nature lorsqu'il y a féminisation.

Sketch de F. Floresti sur les filles et les garçons.

Au festival d'Angoulème de la BD de 2015 il y a une "révolte" contre le machisme supposé !

Dans son roman, La Septième fonction du langage, Laurent Binet fait dire à G. Deleuze : "Les femmes, monsieur le commisaire, ce n'est pas un acquis, elles sont pas femmes par nature. Les femmes, elles ont un devenir-femme", p. 81.

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M. Wittig a raison de faire du langage, l'instrument de la révolution féministe puisqu'il constitue l'arme primitive des Hommes, l'instrument d'asservissement des femmes. Fini du "monsieur, madame,", du "tous et toutes", etc. On comprend aussi qu'elle profite de sa fonction de romancière pour parvenir à cette fin.

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Un peu d'histoire

 

=> fin du 18ème : vision unique du sexe, vagin = pénis invaginé.

1849 : Arnold Berthold réimplante des testicules sur abdomen de coq castré qui retrouve alors ses caractères sexuels secondaires.

 

An. 20 : Expériences de Frank Lillie sur les free-martins, déjà connus des agriculteurs, justifiant l'idée d'un continuisme entre les "sexes" que le biologiste refuse de défendre néanmoins, comme le suggère Castle pour qui les différences de sexes représentent des "variations en plus ou en moins d'une seule échelle de gradations".

1967 : Premier cours sur le thème à l'université de San Diego en Californie mais il ne s'agit pas encore des gender studies. Ainsi les cours et les programmes d'études qui suivront seront qualifiés de women's studies. Le tournant sera effectué dans les années 80. Il apparaît en fait que femme et genre soient interchangeables. Ne parler que des femmes occulte l'insertion de ces dernière dans un environnement sexué, mais ne pas les mettre sur le devant de la scène les feraient encore passer derrière les hommes!

1968 : R. Stoller : Sex and Gender : On the Development of Masculinity and Feminity. Il n'y a pas de corrélation nécessaire entre le sexe et le genre puisque les garçons peuvent ne pas se comporter de manière masculine et une fille de manière féminine.

1972 : Money publie un livre sur l'expérience "Brenda" qui a donc commencé fin des an. 60.

D'ailleurs :

En 2004 dans une thèse de linguistique, David Haig, un doctorant à Harvard, explique que pendant longtemps le mot « genre » est resté cantonné au domaine de la grammaire. Selon lui, « on peut dater un changement d’usage avec l’introduction par Money du concept de “rôle de genre” en 1955 ».

En 2008 dans un article consacré à « L’histoire politique ambiguë d’un outil conceptuel », Eric Fassin sociologue, spécialiste des questions de genre écrivait :

« Ce n’est pas au féminisme qu’on doit l’invention du concept de “genre”. Dès 1955, inaugurant plusieurs décennies de travaux à l’université Johns Hopkins, John Money reformule les approches héritées de l’anthropologue Margaret Mead sur la socialisation des garçons et des filles : pour sa part, plutôt que de “sex roles”, le psychologue médical parle de “gender rôles”. »

Money accède à la question du genre par ce qu’on appelle à l’époque « l’hermaphroditisme » et qu’on qualifie davantage aujourd’hui d’« intersexualité » explique Eric Fassin :

« La notion de genre, lorsque l’anatomie est ambiguë à la naissance, vise à déjouer l’évidence naturelle du sexe : loin que les rôles viennent ici confirmer les assignations biologiques, le genre permet de nommer l’écart entre les deux. »

1972 : Ann Oakley : Sex, Gender and Society qui s'appuie sur les travaux de Money. Tente de remettre en cause la vision traditionnelle et fonctionnaliste selon laquelle les formes de la DT sont naturelles, universellement vérifiables (cf. Murdock, Parsons, Bowlby). Bowlby par exemple insiste sur le lien intime qui unit la mère et son enfant. Je pourrais ajouter que même si c'est hormonal, la société amplifie le fait qu'une "bonne" mère doit avoir une relation fusionnelle avec son enfant. D'ailleurs il y a des sociétés, pour Ann Oakley, comme les Indonesian Alor islanders où les femmes, qui cultivent des légumes, laissent leur enfant à la famille proche pendant 15 jours après la naissance, sans dommage pour l'enfant. Et que dire des modèles de circulation des enfants, alors? Derrière les théories du genre, il y a forcément une théorie de la famille avec des questionnements du type : Peut-on affirmer qu'il n'y a pas de modèle universel de la famille tout en refusant le genre? Plus prosaïquement : y a t-il un "instinct" maternel?

1997 : Ann Oakley : A Brief History of Gender. Elle défend l'idée, déjà entreprise si j'ai bien compris avec Denise Riley et Joan W. Scott que même le sexe est un phénomène culturel. En fait non, c'est le sociologue Thomas Laqueur qui l'aurait découvert le premier. Avant le 17ème siècle les corps féminins et masculins étaient pensés de la même façon, le sexe féminin étant simplement une version in du sexe des hommes. Et c'est justement là tout le problème épistémologique. A partir du moment où les sociologues introduisent la distinction sexe/genre avec sous-entendu un genre socialement construit, alors le phénomène sexuel peut bien rester autonome, ce qui garantit et légitime une approche purement biologique du sexe. Le sexe aux biologistes et le genre aux sociologues, ce qui, on s'en doute, marginalise les seconds au profit des premiers, rigueur scientifique oblige. Reste à voir maintenant dans quelle mesure ce qui se passe dans le corps (sécrétions hormonales) est indépendant de ce qui se passe dans la société. Les théories du genre implique une théorie génétique; après tout l'épigénétique est un domaine "scientifique".

Comme je l'ai lu toute réflexion sur le genre implique une réflexion sur l'essence même de la société. Qu'est-ce qui nous constitue comme être humain particulier, inséré dans une nécessaire division du tavail? Mais il faut partir aussi de l'être biologique puisque le genre a vocation à marquer ses distances d'avec le sexe.

Un simple article du Point de Didier Raoult montre à quel point la théorie du genre n'a pas de fondement biologique en tout cas, CAD scientifique. Ainsi l'origine sexuelle des cellules est importante pour comprendre les résultats des expériences. De plus toxicité de certaines produits différents pour l'homme et la femme.

Après on peut toujours dire que les femmes sont socialement exploitées, mais cela relève d'une théorie des rapports sociaux, non d'une prétendue théorie du genre. Faut-il être unevfemme pour croire à la théorie du genre? C'est ce qui resort d'un article du point, il faut distinguer critique du rôle socialement donné à la femme et visée militante de l'autre. On a l'impression qu'au nom d'une critique de la société qui met en cause les hommes on veuille faire des différences sexuelles une construction sociale. Mais D. Raoult a raison, les différences biologiques se moquent de nos choix sociaux". Mais alors comment interpréter les réflexions de Joan W. Scott pour qui non seulement le genre mais aussi le sexe doit être interprété culturellement. Le genre doit servir à autre chose qu'à dénoncer l'exploitation des femmes auquel cas on reste dans une dualité facile : sexe/genre, où le sexe, biologique, demeure épistémologiquement intouchable. "Il ne faudrait pas se concentrer sur les rôles assignés aux hommes et aux femmes mais sur la construction de la différence sexuelle elle-même", p. 9.

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Se demander en fait "lorsque je regarde quelqu'un, pourquoi s'agit-il d'un homme ou d'une femme"? Et ne pas commencer la phrase par : "lorsque je regarde une femme, pourquoi s'agit-il d'une femme? Entre la personne et le sexe il y a aussi toute un social qui va faire que je perçois un homme ou une femme, sans parler encore des rôles sociaux. Et même à ce niveau il faut encore réfléchir à la DT. Y a t-il DT parce qu'il y a des différences (faussement) sexuelles qui ont été posées ou bien c'est parce que la DT est apparue essentielle qu'il a bien fallu occuper des places, se spécialiser et que dans ce cadre les hommes ont occupé des positions dominantes. Du coût il peut être plus ou moins pertinent de s'intéresser à la répartition sexuelle des tâches et à son évolution. Il vaut mieux regarder, si cela est mesurable et abordable, l'évolution des représentations de ce que l'on appelle "sexe". En relisant Joan W. Scott je pense l'avoir bien compris, qui écrit : "ni le sexe ni le genre n'ont à voir avec la nature, l'un et l'autre sont produits de la culture. Le sexe n'était pas un phénomène transparent; il a acquis son statut naturel rétrospectivement, pour justifier l'assignation des rôles genrés", p. 10. C'est aussi, selon Joan W. Scott le point de vue originel de Denise Riley qui a aussi sorti un opus sur cette question en 1988. Une lecture parallèle est possible d'ailleurs pour Joan W. Scott. Elle distingue quand même les "personnes de sexe féminin" des "femmes"! Les féministes qui, selon Joan W. Scott, auraient mal compris Denise Riley, questionnent le fait que l'on s'intéresse encore à l'histoire des femmes si ces dernières n'existent pas (C'est la critique de Tania Modeleski dans Feminism Without Women Culture and Criticism in Postfeminist Age, de 1991)! Mais faire l'histoire d'un concept qui ne devrait pas exister n'est pas non plus stupide finalement. Un travail historique permet de montrer quand justement la question de la remise en cause de ce concept a t-il été possible.

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Comment traiter le genre au lycée ?

Il semble que l'attaque portée par les adversaires de la notion vise avant tout le nouveau programme de l'enseignement scientifique en Première L et ES. La couleur en tout cas est vite annoncée : "Devenir homme ou femme". Pose le thème c'est poser un enjeu, une problématique? Toujours la même histoire. Dire, c'est faire. On imagine que les concepteurs avaient en tête la célèbre formule de Beauvoir.

Pour Béréni le degrés de déconstructivisme n'atteint pas le niveau des études de genre. Les 3 niveaux d'analyse sont finalement conventionnels : le sexe biologique, assigné à la naissance et matérialisé dans le corps [donc pas de remise en cause à ce niveau, pas de Fausto-Sterling par exemple], l'identité de sexe CAD identités et rôles attachés au masculin et féminin et qui doit composer avec l'environnement social selon les manuels, l'orientation sexuelle qui n'est pas déterminé par le sexe biologique, ni par l'identité de sexe. Béréni ermarque bien que les aprts respectives du biologique et du sociale sont indéterminées. Mais lorsqu'elle s'interroge sur les rapports de pouvoir au sein de cette identité je reste dubitatif. A quoi bon s'intéresser à de tels rapports dans la construciton de l'identité de sexe ? Est-ce à dire que les femmes "biologique" vondront devenir homme pour profiter du pouvoir de domination associé ? Qu'elles vont tendre à "masculiniser" leur comportement ? Ou plus prosaïquement prendre acte des rapports existants ? Et si une femme masculine n'a pas plus de pouvoir, n'est-ce pas alors admettre que le sexe biologique détermine l'ensemble de la structure sociale ? Béréni concède que le manuel Hachette accorde une page aux femmes dans la société. Mais quel en est l'intérêt ? N'est-ce pas là justement une question devant être abordé en SES ? D'ailleurs la "naturalité de la dichotomie mâle-femelle n'est pas ébranlée".

D'où l'idée que les manuels s'inscrivent dans le "premier âge de la critique féministe". Il y a bien 2 sexes, les questions de pouvoirs, pour ne pas ête négligé, relève de la sphère sociale, bien distincte de la shpère biologique. Or il peut y avoir non concordance entre l'aspect chromosomique, gonadique ou hormonal, entre autres, du sexe biologique. De même, et je suis d'accord avec Béréni, rien n'est dit sur la dimension pourtant essentielle, des "procédures médicales menées sur les corps des personnes intersexes". De plus le transexualisme est défini comme un "trouble de l'identité sexuelle". Pourquoi les conservateurs ont-ils donc eu peurs ? Car l'hétérosexualité y est vécue comme une possibilité sociale non inscrite dans un invariant biologique CAD découlant de l'identité de sexe et du sexe biologique. Le manuel Hachette évoque la "norme hétérosexuelle". On comprend que cela effraie. Cela justifie le mariage pour tous en faisant de l'homosexualité une forme comme les autres de vie sociale.

 

Comme l'indique Laure Bereni dans une interview à La Vie des idées, la polémique n'aurait pas eu prise si les mêmes questionnements avaient concerné un cours de SES. Qu'en est-il dans les manuels de SES justement ? Vont-il aller plus loin dans la déconstruction du sexe biologique?

En Seconde le thème : "Comment devient-on des acteurs sociaux?" devrait inclure un point : "Comment devient-on une fille/un garçon?" A priori la question ne doit pas se poser pour les élèves. Il savent anatomiquement s'ils sont filles et/ou garçons. Pour l'identité sexuelle, c'est autre chose mais pour une minorité d'entre eux quand même.

Evoquer les rapports de domination sexuelle n'invite pas encore à parler de genre. Après tout les féministes matérialistes n'ont pas vocation à faire de la domination quelque chose de naturel mais de socialement construit. C'est le point commun entre de nombreuses études : le constructivisme. Pour les autres, plus radicaux, ce sera le déconstructivisme. Un féminisme positif et l'un négatif ? D'ailleurs pour Delphy, la théorie queer ne remet pas en cause la structure même du pouvoir mais veut simplement une permutation des rôles.

Que pourraient alors souligner les manuels de SES? Que la famille fondée sur des relations stables hétérosexuelles et la famille nucléaire n'est qu'un leurre anthropologique? Ne faudait-il pas alors rétablir la leçon sur la famille en Seconde ? Ensuite il faudrait faire, mais c'est possible aussi en sciences, d'histoire, voire de philosophie des sciences, pour monter que les scientifiques eux-mêmes peuvent se tromper et sont soumis aux injonctions du social.

 

Les thèmes :

Epistémologie : Comment les théories du genre refondent la manière de concevoir la société et de parler des relations sociales : nature du sexe, MS, données statistiques, approche performative du genre.

Care : Comment la problématique du care interroge le féminisme et la théorie de la justice, induisant une dimension épistémologique.

Sciences de la vie et de la nature : qu'est que le "sexe"? S'oppose t-il aussi facilement au genre ? Le "sexe" est-il naturel ou socialement construit ? Quel est le statut des hormones ?

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Il est quand même curieux que les études de genre lient la construction sociale des conduites genrées à la critique de l'hétérosexualité. Il suffit de lire un "simple" résumé de l'introduction de gender trouble de Butler pour s'en rendre compte : Qu’est-ce que le genre ? Dans ce livre, publié pour la première fois en 1990, Judith Butler affirme que le genre n’exprime pas une essence, une disposition naturelle — le sexe —, mais qu’il est l’effet, naturalisé, stabilisé et sédimenté d’une performance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de genre avant ou en dehors des pratiques qui le produisent, de manière soutenue et répétée. Cette répétition a la force performative d’un rite convenu par l’hétérosexualité obligatoire. A lire le début de ce résumé, tout-à-fait acceptable, on se demande bien ce que l'hérétosexualité vient faire ici ? Elle renvoit en tout cas aux liens possibles entre études de genre et posture sexuelle—j'ose à peine écrire "pratiques sexuelles". On peut très bien admettre que les comportements sociaux dits masculins ou féminins sont contruits. Qui pourrait d'ailleurs dire l'inverse? Mais affirmer que l'hétérosexualité n'est qu'un modèle, c'est oublier que les pratiques homosexuelles sont négligeables dans la nature et que l'Homme quoi qu'on en dise depuis la révolution évolutionniste est un animal, plus élaboré certes mais un animal tout de même. Néanmoins pouvons nous écrire avec certitude la formule suivante ? : Le genre est une construction sociale mais n'ont rien à voir avec la posture sexuelle, les couples étant hétérosexuels. Si le début se tient la fin est eronnée puisqu'elle omet les couples homosexuels. Donc la phrase devient : Le genre est une construction sociale mais n'a rien à voir avec la posture sexuelle puisque chacun choisit son orientation sexuelle. Mais alors ce sont les études de genre qui posent problèmes. Si les configurations de couples sont multiples et ne posent pas de souci alors l'idée de dénoncer une forme sur une autre n'aurait pas de sens. Personne ne seposerait la question de savoir qui domine qui? Qui est en souffrance? Etc. Mais nous y voilà. On sait que le partage des tâches dans les couples hétérosexuels reste très marqué, les femmes donnant plus pour les tâches ménagères. Et à ce niveau on peut s'interroger sur les inégalités existantes et y trouver un fondement social injustifié. Encore que les statistiques ne disent rien sur la vie au quotidien, le besoin de sécurité des uns et des autres, d'affection, etc.

En fait la critique de l'hétérosexualité n'est pas anodine. Si elle constitue la matrice institutionnelle de la domination des hommes sur les femmes, alors l'émancipation des femmes passe par leur homosexualité. Mais alors c'est oublier un peu vite, je trouve, qu'il faut bien diviser le travail dans nos sociétés et que des situations différentielles existeront, pouvant se traduire par des rapports sociaux. Du coup il faut savoir exactement quoi remettre en cause. De ce point de vue les réflexions sur la mesure de la richesse, la vraie valeur des professions est intéressante. Elle s'insère de plus dans la logique écologique de changement de paradigme économique.

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Peut-on être homme et féministe ?

Question essentielle ef effet qui conclut d'ailleurs le petit livre de Jane Meijas, Genre et société dans la collection Thèmes et débats chez Bréal.

Spontanément on a envie répondre, "oui, bien sûr". Un homme peut défendre la cause féministe. Le problème toutefois c'est qu'il faut définir ce qu'est la "cause" féministe" d'une part et ne pas oublier que le courant "féministe" n'est pas unifié d'aute part.

Qu'est-ce que la cause féministe, donc? Une prise de conscience des inégalités régnant entre les hommes et les femmes de sorte qu'elles finissent par "faire système". C'est tout l'enjeu autour de la société patriarcale dénoncée par le féminisme matérialiste des années 70. Pas besoin d'être homme pour le comprendre et le dénoncer. Toutefois que penser du slogan : "Moulinex libère la femme"? Le travail aliène l'Homme mais libère la femme ? En est-on sorti? Que penser de la nouvelle femme, celle qui s'émancipe de son mari pour tomber dans le giron de son patron, pour Soral? Les apsirations de la femme bourgeoise = émancipation, métier intéressant vs femme populaire = quitter la sphère de dépendance économique. Mais Soral oublie quand même toute l'histoire du féminisme où les rapports de classes et de race se superposent justement aux rapports de sexe. Par ailleurs il est vrai aussi que le travail émancipateur des femmes bourgeoises n'est possible que parce que d'autres femmes sont tenus par le système capitaliste où le calcul rend intéressant la garde des enfants pour les uns mais le rend impossible pour les autres. Les féministes, "idiotes" utiles du système capitaliste? D'où les réflexions sans doute utiles sur le projet de société désiré et qui ne serait plus imposé : comment considérer le care ? Comment concevoir l'articulation entre toutes les tâches (entreprise, domestique) sachant qu'une division du travail est nécessaire (cf. J. Méjas, CHP. 5, p. 68. L'auteure souligne heureusement ces enjeux dans le dernier point : "Quel est le sens des évolutions récentes"? De ce point de vue le chèque emploi-service favorise le rapport de classe entre femmes aisées et femmes populaires, p. 75. ) ? Ou alors il faut réfléchir à une société sans division du travail. Mais est-ce possible, alors qu'elle a pour rôle de créer de la solidarité entre les individus ?

Donc on peut être homme et combattre le féminisme au nom de l'émancipation des femmes et dévoilant la fausse cause d'un certain féminisme. D'ailleurs les chansons d'un renaud font plus pour la cause des femmes que les mièvreries d'un J. Clerc ou de quelque chanteur latin. D'une certraine façon la dénonciation du machisme a plus de force quand elle vient des hommes eux-mêmes. Mais parlent-ils alors en tant qu'homme ou en tant qu'Homme"?

On en vient alors aux courants féministes. Décontruire le genre ou le système capitaliste-patriarcal ?

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Une voie médiane est-elle posible en matière de genre ?

En écoutant E. Zemmour, et même M. Onfray on voit bien qu'il s'agit de déconstruire les déconstructeurs, les Derrida and co. Effectivement rendre tout social c'est rendre possible toute recomposition artificielle, au mépris des traditions que l'on croyait naturelles, etc. Toutefois elles ne le sont pas et ne peuvent l'être. Certes il y a un fondement biologique mais faire intervenir les hormones dans les comportements, comme le fait Onfray, n'est-ce pas commettre la même erreut que les partisans de la phrénologie? Aussi ne vaut-il pas mieux admettre le caractère fortuit de l'histoire tout en en acceptant le leg ? Qu'y a t-il de honteux à cela? Ne peut-on trouver des repères en dehors de la biologie ?

"Mieux vaut aquitter un coupable que de condamner un innocent", pouvait proclamer Voltaire. Et bien les théories du genre conduisent à la même logique. Au nom de quelques uns qui se sentiraient mal dans leur être, les fondements usuels de la société, les catégories sur lesquels se fondent les anticipations de chacun doivent être chamboulés. On ne peut laisser ces gens dans leur souffrance alors qu'il suffirait de changer des normes de toute façon contingentes pour mettre fin à leur malaise. C'est tout l'enjeu autour du transexualisme. Il s'agit de "dépsychiatriser" et de ""dépatholosiger" ... sans pour autant "démédicaliser". Changer de personnalité, de sexe, oui mais en étant remboursé ! Au passage, si la famille doit s'éteindre, alors elle le fera, sans que les jusqu'au boutistes du genre et du queer ne viennent s'en mêler. De là sans doute la peur des "conservateurs", la peur que les prémisses vécues et ou supposées de l'abandon des relations conjugales puis familiales par les hommes et les femmes composant l'univers social ne soient conditionnés et accélérées par des idées perverses et contre-nature. Le problème toutefois, c'est que la "nature naturelle" n'existe pas, qu'il n'y a pas de modèle universel de famille, dans le temps et dans l'espace !

En lisant Judith Butler on comprend qu'il n'y a pas forcément superposition du sexe, genre et pratique sexuelle. On peut être une femme, masculine, bi-sexuelle. Mais n'est-ce pas alors tout confondre ? Quel lien entre sexe et pratique sexuelle ? On a aussi l'impression qu'il s'agit de "sauver" quelques individus qui ne sont pas dans la norme afin qu'ils puissent vivre sans gêne "leur" spécificité. Mais n'est-ce pas, au nom de la promotion absolue de la différence, neutraliser toutes les barrières, toutes les difficultés inhérentes à la vie elle-même? Pourquoi alors empêcher un étudiant de faire médecine, même s'il n'a pas les compétences intellectuelles reconnues nécessaires ? La reconnaissance intellectuelle n'est-elle pas normée dans ce cas et donc susceptible d'interprétation et d'amendements? Certes dira t-on dans le cas du genre il ne s'agit pas d'attribuer des places dans un monde de rareté. Pourtant la parité en politique se positionne dans ce registre. Pourquoi vouloir à tout prix adoucir le prix de la vie? Qui a prétendu qu'elle devait être un cadeau? C'est manifeste chez J. Butler. Il s'agit, en se jouant des normes, de "rendre la vie plus viable". Mais même si l'on ose poser la quesiton : "peut-on devenir autre chose"? En sous-entendant que le couple masculin-féminin n'est qu'une façon d'envisager les relations inter-humaines, il faut encore se demander pourquoi, au cours du temps, c'est cette relation masculin-féminin qui s'est imposé. N'est-il pas le résultat d'une tradition éprouvée, d'une nécessité évolutionniste ? Reste à voir évidemment la signification de l'évolutionnisme ici ? Les rapports de pouvoir brimant systématiquement les femmes sont-ils inscrits dans la nature ? Sont-ils eux-mêmes le résultat d'une lecture erronée de la réalité ? Les femmes gagnent moins mais vivent plus longtemps pourrions nous dire cyniquement. Ne faut-il pas agir à ce niveau là aussi ? Si la société était vraiment opprimante pour elles, comment expliquer un tel écart favorable aux femmes alors qu'il est considéré comme défavorable aux ouvriers ?

Je comprends très bien aussi que nier la non superposition identitaire c'est avoir peur de ses propres enfants, de ses congénères, de la population, de son possible basculement. Quelque part c'est avoir peur d'un "grand remplacement". Et si la famille doit disparaître, les gesticulations de quelques groupuscules n'y pourront rien. La famille et les couples hétérosexuels existeront tant qu'ils signifieront quelque chose pour les acteurs eux-mêmes. Certes on peut jouer sur l'ordre des significations. Mais n'est-ce pas admettre alors que le genre est une pure construction sociale? Avoir peur qu'une posture intellectuelle modifie les contenus de conscience hérités d'un passé ancestral et normalement puissament ancré, n'est-ce pas avoir des doute sur la force de ses convictions? Paradoxalement, la phobie des idées queeriennes est le signe manifeste de leur validité scientifique. Plus on lutte contre elles, plus on leur donne de caution scientifique. Mais si elles sont effectivement valides, ne peut-on faire autrement, lorsqu'on est convaincu si ce n'est de la supériorité, au moins de la nécessité des valeurs familiales héritées, que de les combattre et donc de se placer sur leur champs épistémologique, quitte à renier sa propre posture épistémologique ?

On peut aussi inscrire l'ABCD de l'égalité ou la refonte des programmes de SVT pour les classes de première L et ES dans le cadre de la promotion de l'égalité homme-femme. Et effectivement personne ne prônerait une inégalité institutionnalisée entre les deux. Le seul argument tangible serait d'ordre économique. En effet seule la froideur calculatoire de la théorie économique justifierait que les femmes par exemple soient moins bien payées que les hommes du fait des pertes de valeur occasionnées par les périodes de gestation. L'argument ne "vaut" rien, nous le savons. Nul besoin ici de mobiliser des injonctions morales, de faire appel à l'élan vital qui porte l'espèce naturelle humaine. Tout est de toute façon couteux en économie et il n'y a pas de relations possibles, furent-elles économiques, sans un engagement initial en temps ou en argent. Il y a toujours un "avant" exogène, donné, naturalisé CAD sans couts et donc non intégré aux modèles économiques, qui doit permettre l'enclenchement des pratiques économiques et des théories censées en rendre compte. C'est par exemple l'accumulation primitive du capital chez K. Marx, c'est le sens moral des acteurs nécessaire à la conduite de l'équilibre général chez L. Walras, ce sont les règles initiales des modèles de théorie des jeux qui doivent eux-mêmes expliquer les règles du jeu de la société, ...

On peut aussi pour justifier les approches en termes de genre, partir de la législation qui a par définition partie liée avec les moeurs d'un moment. Ainsi au Costa Rica les médecins peuvent imposer une ablation contre l'avis des parents sous couvert de l'article 46 du Code des enfants. Au nom de quoi peut-on tolérer un tel jusqu'auboutisme normatif ? Mais à l'inverse, ce n'est pas parce que de telles pratiques légales existent qu'il faut autoriser la déclaration d'un troisième genre, à côté de femme et homme comme vient de le faire l'Allemagne depuis le 1er novembre 2013. Les études médicales sont très importantes dans cet ordre de réflexion puisque ce sont les médecins qui concrètement ont du pratiquer ou non des opérations sur des organes génitaux soit en cas de malformation à la naissance, soit en cas de volonté éclairée d'un patient adulte voulant changer de sexe.

On peut même maintenant écrire une "psychologie des transgenres et des transexuels" (cf. Ouvrage de F. Sironi) !

 

La question du genre dans les manuels de sociologie. Etude préliminaire.

Nous effectuerons une comparaison de quelques manuels américains et français, ce qui fournira un début d'analyse. Les manuels américains sont bien plus emprunts de genre que les manuels français. Si l'on prend le Sociology in Perspective de Mark Kirby et alii. publié chez Heinemann en 2000, on voit que non seulement un chapitre (sur 18) est consacré à la distinction sexe/genre mais surtout que de nombreux chapitres incluent une perspective de genre. Evidemment dans le chapitre 3 consacré à la famille et aux ménages ("pouvoir et relations de genre dans la famille") mais aussi dans celui concernant la santé ("genre et inégalités face à la santé"), les médias de masse ("représentations du genre dans les medias"), l'éducation ("Est-ce que le future est féminin? Genre et réussite scolaire [examination success]"), etc. On sent bien que les représentations ont été affectées par les théories du genre. En fait le processus était déjà allé plus loin avec la publication d'une introduction à la sociology, sous titré : "Perspectives féministes". Evidemment cela a de quoi surprendre un lecteur français. Qui ne se souvient de l'assertion de L. Walras qui, défendant ses principes d'économie politique pure, affirmait que la géométrie ne pouvait être socialiste! La recherche du vrai doit se faire indépendamment de toute connotation morale, de toute orientation extérieure au domaien de recherche. On sent bien que proposer une sociologie selon une perspective féministe va bien au delà ce que l'on peut voir en histoire de la pensée par exemple quand il s'agit de présenter les faits selon un point de vue particulier, même si de ce fait, l'auteur le considère comme plus éclairant que les autres ou apportant quelque chose d'original. C'est par exemple l'histoire de la pensée économique selon le traitement de la loi des débouchés, les conflits liés à la répartition des richesse. La perspective féministe de la sociologie invite donc à une rupture épistémologique, que l'on décèle d'ailleurs dès le début : "The feminist challenge to malestream sociology is one that requires a radical rethink of the content and methodology of the whole enterprise; one that recognises the need not simply to see society from the position of women as well as from the standpoint of men, but to see the world as fundamentally gendered. Indeed, it is the feminist challenge to sociology that has been instrumental in triggering the now almost taken-for-granted understanding that a variety of standpoints – gendered, racialised, sexualised, embodied, ageing, and so on – need to be recognised, and that we need not only to deconstruct ‘human’ into men and women, but also to deconstruct these categories in themselves". De plus la définition de la sociologie, empruntée à Mills me convient tout-à-fait. "Sociology is about understanding the relationship between our own personal experiences and the social structures we inhabit (Mills, 1954)", p. 4. Et bien entendu une prise de conscience s'est effectuée de l'inadéquation entre l'expérience vécue par les femmes et l'environnement expliqué par la sociologie académique. On comprend alors que le sociologue, ête social masculin, ne pouvait que porter un regerd erroné sur le ressenti des femmes, leur situation, etc. "sociological knowledge portrayed women as men saw them, not as they saw themselves", p. 5. Ce n'est pas faux mais on tombe alors dans le piège de l'essentialisme. Il n'y a que les femmes pour comprendre les femmes, les noirs pour comprendre les noirs, etc. Mais dans ce cas, le blanc hétérosexuel de la classe moyenne est-il encore autorisé à produire un discours sur la société ?

A priori rien de tel dans les manuels français. Celui de Jean-Michel Morin composé de 78 fiches en intitule bien une "Hommes et femmes" mais pour monter que les différences culturelles se superposent aux différences innées. En aucun cas le genre ne viendrait informer le sexe qui apparaît comme une donnée irréductible. D'ailleurs aucune fiche, ni référence concernant le genre et le sexe. Et cela même dans l'édition de 2010 ! La Sociologie pour les nuls est à peine plus prolixe en offrant soit 8 pages sur 492 dans le chapitre Hommes et femmes mais sans entrer dans les débats ni évoquer d'auteurs. Seuls des renvois à deux autres chapitres peuvent encore donner l'impression de théorisation.