Des trois grands courants de pensée en économie

Remarques liminaires.

Raisonner en termes de courants de pensée est toujours très réducteur. Selon les questions abordées, les auteurs n’ont pas nécessairement le même point de vue. On ne saurait ainsi amalgamer tous les auteurs dits néoclassiques. C'est pour cette raison qu'ajouter libéral est plus judicieux. Par exemple Léon Walras (1834-1910), à l'origine de la pensée dite néo-classique, se déclare socialiste et prône un régime particulier de propriété et de fiscalité (supression de l'impôt sur les revenus mais rachat des terres par l'Etat qui devient ainsi propriétaire des rentes et finance de manière autonome les dépenses publiques). Remarquons à ce sujet que Walras a généralisé l’utilisation des mathématiques en économie, ce qui constitue l’une des marques de fabrique de l’école néo-classique. Certains diront même que l’école néo-classique a cherché à démontrer mathématiquement le principe de la “main-invisible” de l’auteur classique, Adam Smith (1723-1790) et des bienfaits du libéralisme économique.  

Si l’on prend maintenant les courants keynésien et marxiste, ceux-ci se fondent sur des auteurs qui ont vécu à une certaine époque et n’auraient donc pas nécessairement la même approche aujourd’hui. Que penserait par exemple Keynes de l’intervention structurellement importante de l’Etat en France avec des prélévements obligatoires (impôts + taxes + cotisations sociales versées aux administrations publiques) représentant + de 40% du PIB?

Toutefois, à l’instar du positionnement droite/gauche en politique, le positionnement en termes de courants permet de structurer les idées rapidement. On se doute bien qu’un auteur marxiste ne défendra pas la baisse des salaires et la suppression du Code du travail à moins bien sûr que cela n’amène à la révolte des salariés et n’éclaire de manière brutale la nature du système capitaliste!

 

COURANT

 

 

Néo-classique libéral

Keynésien

 

Marxiste

 

Vision de la société

 

Harmonieuse fondée sur la recherche du bonheur et de l'intérêt personnel. Les agents économiques sont justement rémunérés à leur apport à la production (à leur productivité marginale *). De toute façon dans l'hypothèse d'information parfaite, nul ne peut tricher et tromper l'autre. V. Pareto montrera que la concurrence pure et parfaite conduit au meilleur des mondes possibles (optimum parétien).  

 

En partie conflictuelle dans le partage de la valeur ajoutée. Les syndicats permettent de maintenir la stabilité du salaire nominal c'est-à-dire de la fiche de paye. Par ailleurs Il y a des groupes sociaux parasites comme les rentiers qui épargnent et ne font pas vivre l'économie par leurs achats. Keynes souhaite d'ailleurs leur "euthanasie"! 

Conflictuelle : le moteur de l'Histoire c'est la lutte des classes. Le système capitaliste qui repose sur l'exploitation des ouvriers par les bourgeois verra le triomphe de la révolution prolétarienne et de la société sans classes, la société communiste.

Chômage

 

Résulte des délais d'ajustement entre l'offre et la demande sur le marché du travail et plus gravement des rigidités qui y règnent comme le salaire minimum, une législation tatillonne (Code du travail qui protège trop les salariés, les freins aux licenciements), la présence de syndicats, etc. 

 

Résulte du manque de débouchés des entreprises qui, faute de commandes, ne peuvent embaucher.

Résulte de la stratégie des enteprises qui ont intérêt à maintenir ce que Marx appelle une "armée industrielle de réserve" afin de faire pression à la baisse sur les salaires et les maintenir dans la loi d'airain.

Conception du marché

Auto-régulateur : la flexibilité des prix assure toujours l'équilibre. Le plein-emploi est la règle sur le marché du travail. 

 

Les marchés ne sont pas auto-régulateurs. Le plein-emploi est une exception. Par ailleurs les marchés financiers reposent sur des comportements moutonniers qui amplifient les crises et nourrissent les bulles spéculatives.

Efficace en soi mais reposant sur une distribution inégale du pouvoir. Marx assimile la liberté du travail à la liberté du renard libre (les enteprises) dans le poulailler libre (les salariés).

Conception de l'Etat

 

Etat en général discrédité car fait au mieux aussi bien que le marché. Toutefois selon les conception, l'Etat peut avoir un rôle plus ou moins important. Si les anarcho-capitalistes considèrent que l'Etat est le mal absolu, les économistes mathématiciens français comme Walras ou Rueff lui reconnaissent le droit et le devoir d'encadrer juridiquement les relations marchandes et de défendre l'intérêt général.   

L'Etat est un agent incontournable qui par son action encadre et régule l'économie de marchés. Ses interventions sont même nécessaires pour sauver le système capitaliste lorsqu'il est en trop grande difficulté (plans de relance : de Roosevelt dans les années 30 ( = New Deal), des pays industrialisés suite à la crise des subprimes plus récemment). 

Etat discrédité car aux mains de la classe dominante. "Un gouvernement n'est qu'un comité qui administre toutes les affaires communes de la classe bourgeoise", écrira Marx avec son ami Engels dans le Manifeste du parti communiste. Toutes les lois qui sont vôtées ne servent qu'a renforcer l'emprise du capital (des capitalistes) sur les salariés.

Conception de la justice sociale

En général favorable à l'égalité des chances et à une redistribution réduite, voir inexistante (cf. Courbe de Laffer). Hayek ira jusqu'à dire que la justice sociale est un "mirage".

 

La redistribution est non seulement juste mais en plus économiquement efficace. Ainsi la redistribution, au moins verticale, en prenant aux riches pour donner aux pauvres, prend à ceux qui ont tendance à épargner pour donner à ceux qui ont tendance à consommer. On relance ainsi les débouchés des enteprises et donc la croissance économique.

La justice sociale ne sera accomplie que dans la société communiste, la société sans classes avec la maxime suivante : "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins". Inutile de préciser le degré de perfectionnement économique et humain qu'il faudrait accomplir pour y parvenir! 

 

* Productivité marginale : La productivité marginale du travail correspond à l'apport de richesse du dernier salarié embauché par l'enteprise. Cette productivité est généralement décroissante car au fur et à mesure que l'enteprise embauche des salariés et pour un nombre précis de machines, d'ordinateurs (on parlera d'un certain stock de capital fixe), leur apport à l'enteprise est de moins en moins important. Mettre un salariés devant un écran d'ordinateur, c'est efficace, 3 ou 4 un peu moins. D'ailleurs regardez dans un groupe de TD. Le travail est plus efficace à 1 ou 2 avec un PC. A 3 il y en a un qui souvent (toujours?) regarde les autres travailler et ne fait rien.

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