Intelligence, génétique et racisme

Par James Lawler, traduit de l'Américain, Ed. Sociales, 1978. 

Approche marxiste qui considère que l'intelligence, si elle existe, est davantage le résultat du milieu social que d'une hérédité biologique. Culture contre nature! Par ailleurs si tout est question d'hérédité alors l'enseignement, la culture des masses ne sert à rien,de même la démocratie. Il faut traiter inégalement des individus inégaux. Mais l'admettre n'est pas encore relier le succès aux gênes. Cela rappelle le film : « Un fauteuil pour deux »! « Le sang parle »! En tout cas expérience sans doute très intéressante à mener.

Concernant la perspective marxiste,remarquons que la publication française est aux Editions sociales et que la préface est signée L. Sève qui évoque Ecole nouvelle, le GRECE pourfendeurs des principes démocratiques, et égalitaires. Il parle aussi du « jensenisme » pour qualifier les thèses et les défenseurs de Jensen.

CHP1/Les revendications de Jensen.
Article de 1969 : « How much can we boost I.Q. And scholastic achievement? ».
* QI mesure l'intelligence * intelligence héréditaire * inutilité des programmes scolaires intensifs en faveur des noirs notamment
Herrnstein insistera quand à lui sur les différences de classes sociales. Ce dernier s'attaque d'ailleurs à l'idéologie égalitaire remontant à Jefferson. Dans IQ in the Meritocracy, il écrit : « Il est difficile de prétendre qu'une redistribution des richesses et du capital peut résoudre la lutte des classes s'il s'avère qu'un facteur plus important que les facteurs économiques distingue les classes antagonistes », cité p25.

CHP2/Théorie générale et méthode du QI
Critique l'approche de Jensen, Eysenk et alii. concernant l'hérédité et l'immuabilité de l'intelligence. Il y a des individus qui sont d'emblée dépassés (théorie de l'éponge : certains pourront recevoir beaucoup,d'autres non).OK mais y a-t-il un lien racial, familial? Voilà l'enjeu à mon avis. A la rigueur un individu peut-être, et de manière complètement aléatoire, biologiquement apte à des études supérieures. Par ailleurs comment expliquer l'élévation du niveau d'instruction dans le temps?
L'auteur n'a pas de peine à critiquer la formule de Jensen : « L'intelligence, c'est ce que mesure les tests d'intelligence ».

CHP3/Quelques problèmes de QI

CHP4/Histoire de la théorie du QI
Comme l'intelligence est mesurée par rapport à l'intelligence moyenne d'une même classe d'âge, on ne peut jamais dire qu'un enfant plus âgé est plus intelligent. L'accumulation de connaissances n'a aucun rôle à jouer ici, on suppose simplement que l'individu devra savoir manier plus de chose tout comme les membres du même âge,p63.
Si Binet a une volonté pragmatique de soutien aux élèves les moins intelligents, Galton ou Terman versent dans l'eugénisme. Il s'agit de clairement montrer le lien existant selon eux entre classe sociale, race et intelligence, extrait p. 66.
Le problème de fond, c'est que les tests sont construits en comparaison d'un niveau jugé comme moyen. Par exemple Binet demande aux professeurs de déceler les élèves moyens et les tests sont fait en fonction d'eux. Donc il n'y a de tests que relatif et jamais absolus, c'est une évidence ici. Ainsi le QI est un rapport entre l'âge mental mesuré et l'âge effectif. Or l'intelligence effective dépend de la manière dont est élaboré le test, il n'y a rien de scientifique ici. Ceux que l'on considère comme intelligents doivent mieux réussir les tests que ceux que l'on considère comme retardés. On doit donc savoir par avance qui est intelligent. A quoi servent les tests alors? Et puis si la sélection naturelle est à l'œuvre, les faibles d'esprit devront disparaître, à moins qu'une politique familiale encourage leur reproduction.
Les tests doivent en tout cas éviter tout évaluation de la culture mais de l'intelligence pure. Ainsi pas de géométrie analytique impliquant justement un apprentissage. Il faut recourir aux analogies,au bon sens, etc. Mais même la compréhension ou le vocabulaire pourtant requis renvoient à un apprentissage social. « ... tout au plus peut-on dire que le Q.I. Mesure le classement hiérarchique des performances scolaires ».

CHP5/ « Fidélité » et « validité » des tests de Q.I.
Je passe sur de nombreuses notions. Jensen est convaincu que les tests mesurent le « g ». Or les inter-corrélations sont préalablement construites puisque les items discriminant les enfants brillants sont retirés comme non valides.

CHP6/ Différences innées ou différences scolaires?

L'auteur met en lumière la problème de fond consistant avec Jensen de déterminer des aptitudes qui soient indépendantes des acquis scolaires et autres. Ainsi pour Jensen il est impossible d'apprendre à penser. On en déduit que nos systèmes scolaires reposent sur la prémisse opposée. Même l'aptitude à « fixer volontairement son attention sur un point précis » relève d'un critère de l'intelligence inné pour Jensen (cité p. 94).

D'où opposition entre intelligence fluide (innée) et cristallisée (acquise) due à Catell. Mais Jensen admet que les tests de QI relèvent de ces 2 formes d'intelligence mais en soutenant quand même que c'est l'intelligence fluide qui est principalement mesurée. Le problème, je pense, et Lawler nous conduit à cela, c'est de savoir si ces 2 formes sont indépendantes l'une de l'autre et s'il est possible de les mesurer distinctement. En tout cas un exemple d'item emprunté à Eysenck achève de monter le caractère culturel des tests, surtout la référence à la mythologie grecque. Même le recours à la notion de contraire dépend évidemment de l'âge et donc des acquis comme le note Lawler, pp97-98.

Le problème de fond c'est que les tests de QI laisse à penser que les mesures et donc l'intelligence sont purement biologique et indépendant de l'Histoire alors même que l'évolution des forces productives, de l'économie commande au développement de l'écriture notamment alors que l'écriture et la lecture sont les présupposés culturels inclut dans les tests de QI censés être « a-culturel », selon le propre constat d'Eysenck. Pour Lawler il n'y a rien de génétique dans le développement de l'écriture et de la pensée logique. Certes le cerveau commande des possibilités culturelles (développement du système nerveux mais déjà permis par le langage) mais ce sont les conditions socio-économiques qui ont le rôle en dernière instance. Lawler reprend l'explication marxiste de Thompson mais qui est tout aussi northienne je trouve : l'alphabet phénicien permet d'étendre le commerce tout en brisant le pouvoir des scribes protégés par l'Etat dont le
savoir repose justement sur l'alphabet des signes complexe et ne favorisant pas le développement de l'abstraction. On retrouve ici la logique de la baisse des CT. Marxisme et néo-institutionnalisme se rapprochent ici.

Fausse causalité entre ondes cérébrales et QI chez Eysenck car c'est l'acquisition d'aptitudes qui en fait permet le développement de connexions cérébrales.

Les tests de QI font abstraction de tout cet arrière fond historique.

Au final Lawler ne nie pas qu'il existe des différences mesurables de réussite scolaires mais elles ne renvoient pas à une intelligence fluide (innée). De même il ne nie pas que le manque d'aptitudes cognitives soient à l'origine de l'échec scolaire mais il refuse le fatalisme et défend peut-être abusivement le système scolaire soviétique. L'enjeu c'est bien ici le statut du système scolaire : A quoi sert-il? Que peut-il faire?

CHP7/Rapport dialectique du biologique et du social.

Darwin n'a pas de théorie des variations initiales des caractères qui seront ensuite sélectionnées ou non dans le cadre de la lutte pour l'existence.

Les lois du développement de l'homme sont spécifiques par rapport au reste des espèces et notamment le rôle des outils, du travail. Comme l'indique Lawler, il n'y a pas de milieu « naturel » en ce sens que ce dernier est déjà « humanisé » (p121).

Critique du point de vue des bébés noirs (cf. mon article).

CHP8/Différences relatives et différences absolues.

Mesure du QI n'est pas mesure du poids par exemple.
Théorie du grand homme (du génie) versus matérialisme, p145. Or selon Marx la concentration du talent chez quelques personnes est la conséquence de la division du travail, ce qui n'a rien de biologique.

CHP9/L'héritabilité

Principe essentiel dans l'argumentation de Jensen car permet de confirmer l'idée d'un QI comme mesure d'une intelligence innée et stable et de trouver un « critérium de validité extérieur à la définition opérationnelle du QI », p. 173. Et pour Jensen le QI s'hérite à 80%, le milieu expliquant les 20% restant.

Héritabilité = variance génotypique / variance phénotypique = % de variation due à des différences génétiques.

Jensen oublie les siècles d'esclavage, de racisme envers les Noirs qui ont conduit par exemple à moins les alphabétiser.

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Un lien doit être fait avec l'ouvrage de Gould : La mal mesure de l'Homme qui donne la teneur historique de la tradition eugénique américaine et l'ouvrage de Huxley, Le Meilleur des mondes. Il est évident que le programme eugénique rappelle l'ordre social du meilleur des mondes. Par exemple Jensen reçoit le soutient du Nobel de physique, W. Shockley qui lance un programme eugénique avec prime pour les noirs souhaitant se stériliser.

 

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