Vers un retournement ?

Il semblerait que l'on assiste à un tournant dans le mouvement des gilets jaunes. Déjà je n'aime pas l'utilisation de ce terme qui laisse à penser que ceux qui portent cette veste constituent un groupe à part, incarnants implicitement le peuple. J'ai envie de dire en fait que nous sommes tous des gilets jaunes, le confort douillet de nos foyers loin des rond-points en plus. Dans les médias en tout cas, on peut observer une inflexion, au minimum chez P. Praud, présentateur-journaliste de CNews. Il s'agit désormais systématiquement de condamner le mouvement populaire qui tient tout le monde en haleine depuis plus d'un mois maintenant. Le rappel à l'ordre du président semble avoir joué. Et pourtant à tout ceux qui critiquent les propos qualifiés de pernicieux voire de haineux de certains gilets jaunes, il convient d'opposer les propos suivants de K. Marx issus du Manifeste du parti communiste : "La bourgeoisie ... a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange et, à la place des nombreuses libertés si chèrement acquises, elle a substitué l'unique et impitoyable liberté du commerce". Qu'attendre d'individus qui ont perdu leur dignité, qui sont pour une part illettrés, qui ne sont rien, qui n'ont pas de Rolex passé 50 ans ? Des propos doux et polis ? Il est vrai aussi qu'une part d'entre eux ne cherchent au fond qu'à intégrer cette société de consommation qui est au fondement de la misère universelle de la frustration. On a pu entendre un Jean-Luis Burgat s'offusquer du fait que les gilets jaunes permettent finalement à des partis (sous-entendu la France insoumise et le Rassemblement national) de revenir sur le devant de la scène alors que leurs propositions n'ont jamais abouti à rien. Aurait-il oublié, mais le sait-il, que Jean-Luc Melenchon avait organisé au moins une conférence-débat sur le web au moment de la campagne présidentielle avec les économistes ayant conçu sont projet comme Liem Hoang-Ngoc ou Jacques Généreux ! Même un économiste libéral aurait pu reconnaître la sincérité budgétaire du projet : hausse des dépenses, certes, mais augmentations des impôts aussi.

N'oublions pas non plus que si révolution il y avait dû avoir, c'eût été dans le cadre de la gestion de la crise des subprimes. Plutôt qu'une guillotine symbolique ce sont de vraies peines de prison qui auraient du tomber et balayer Wall Street. Il n'est même plus possible de prendre d'assaut le palais Brongniart en France, puisqu'il y a bien longtemps que les actions n'y sont plus côtées. Rappelons-nous aussi ces propos du président Obama s'adressant aux financiers : "il n'y a plus que mon administration entre vous et les fourches du peuple !" Quelqu'un a t-il eu l'idée alors de s'inquiéter de tels propos, incitant pratiquement à la révolte populaire ou bien de revendiquer le droit à ne plus jamais socialiser les pertes pour permettre au grands gagnants de cette mondiale partie de poker, la privatisation des profits ? Qui aurait pensé que cette infâme revendication (répétons : socialisation des pertes et privatisation des profits !) puisse s'étaler au grand jour sans susciter de mouvement social de grande envergure ? Oh certes il y eu Occupy Wall Street. Mais pour quels résultats ? Le seul candidat à la présidentielle américaine se revendiquant de ce mouvement, à savoir Bernie Sanders, a été gentiment évincé par les pleurnichards post-trumpiens de démocrates clintoniens ... Ce qui inquiète fondamentalement les élites médiatiques en France, c'est la possible alliance entre les deux spectres politiques, à l'italienne en quelque sorte. Il n'est pas anodin que Mathieu Slama dans le Figaro du 24 avril 2017 : « Macron-Le Pen ou le retour fracassant de la lutte des classes » ?, s'en fasse l'écho dans l'entre-deux tours. Cela avait déjà de quoi titiller (voir dans ce blog : "L'Union des droits ou l'union des deux rives ?"). Eh il semblerait bien qu'elle soit là, la lutte des classes ... 

Après il faut organiser la vie économique, qui reste malgré tout le nerf de la guerre. En ce sens l'imagerie populaire associée à la révolution de 1789 ne doit pas faire l'impasse sur les conditions de possiblité techniques de la victoire. La bourgeoisie a pris le pouvoir car elle maîtrisait les artifices techniques de la vie sociale. Que les grands révolutionnaires fussent des avocats, rompus à la technicité juridique, l'illustre aisément. Or notre monde est devenu technocratique et l'expert, on le sait depuis longtemps, en est devenu la figure emblématique. Voudra t-on alors en finir avec le Droit, la Finance et l'Informatique ? N'est-ce pas celà la vraie utopie ou révolution démocratique ?      

 
Commentaires (1)

1. Richard Antonin 14/01/2019

Bonjour monsieur,
Ancien élève au lycée du vimeu, ce serait pour reprendre contact après avoir perdu 2 fois votre e-mail !
En espérant une réponse,
RICHARD Antonin.

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