Chroniques macroniennes (II)

La victoire d'Emmanuel Macron a constitué au fond une surprise attendue. Alain Badiou a évoqué quand à lui un coup d'Etat démocratique. Nous ne pouvons que rivaliser d'oxymores avec ce nouveau président. C'est déjà peut-être un point positif. Les intellectuels aiment la complexité, les ambiguités. C'est leur fonds de commerce. Ils gagnent leur vie, en tentant de démêler le cafarnum de la quotidienneté. Avec Macron, il y a de quoi être servi. Merci mon prince. Le problème en tout cas avec ce posionnement oxymorique c'est qu'il induit un procès en complotisme. La vérité est ailleurs. Ce n'est pas un hasard si l'expression "en vérité" apparaît souvent dans les propos de la leader du Front national. Il faut distiller l'idée que sous des apparences de gendre idéal, Macron cherche à abaisser la culture française, un savoir vivre et un savoir penser populaires devenus ringards auprès des élites mondialisées. Un tel point de vue en termes de démission des élites remonte au moins, et pour le cas américain, au brillant penseur, Christopher Lasch. Malgré le caractère plausible d'un telle argumentation il ne faut pas oublier non plus qu'elle opère comme n'importe quelle autre un effet d'imposition. Il s'agit toujours de faire croire à quelque chose, d'en appeler au sens commun, aux croyances, bref à l'indicible, plus rarement à la raison mais que peut-elle ?

De quel droit évoquer ses impressions sur le monde politique ? Qu'est-ce qu'un petit professeur égaré peut bien apporter de plus sur un monde politique ultra scruté et ultra commenté ? Chacun y va de son petit commentaire, de sa petite phrase. Mais justement est-on plus fin analyste en étant journaliste de plateau télévision ? Tout le monde sait que l'information pure n'existe pas,que la réalité est toujours une scène à filmer parmi d'autres. Celà nous le savons au moins depuis Pierre Bourdieu. Et puis il y a aussi l'autre côté de la scène, ce cerveau qui observe et qui n'est à l'évidence pas un simple receptable. Les messages sont interprétés, il y a une barrière idéologique qui filtre les données. Non décidément personne ne peut s'arroger en la matière de droits particuliers. L'exemple récent de Julien Rochedy est instructif. Son parcours politique est bien connu mais le reportage qu'il nous a livré de Damas dans le contexte actuel de guerre ne peut laisser indifférent. Nous pouvons y voir des femmes libres, exerçant des activités diverses et choisies. Il faut vraiment faire un effort pour croire qu'il y a la guerre a proximité. La hantise de ces femmes, d'ailleurs, c'est la victoire de l'obscurantisme religieux. A ma décharge, j'ai visionné ce reportage au même moment où des femmes manifestaient dans Paris au quartier Pujol pour retrouver le droit de ... circuler librement dans la rue ! Saisissant et inquiétant contraste. Comment articuler alors ces deux informations qui n'en sont peut-être pas ? Qu'est-ce que le réel, au fond ? Au mieux pouvons nous espérer une certaine cohérence interne du raisonnement lorsque nous l'analysons, un principe de non contradiction, en faisant abstraction des changements d'opinions qui ne peuvent manquer d'advenir sur une période suffisament longue ou mouvementée.

Deux événements m'ont particulièrement saisi ces temps-ci. D'abord la démission du général De Villiers et l'indigence de ce qui s'appelle en France l'opposition. Celle-ci a retrouvé ses réflexes basiques alors même qu'il est admis que la politique ne serait plus comme avant. La séquence a été la suivante, du moins de ce que j'en sais : audition programmée du chef d'Etat major auprès d'une commission parlementaire – propos qui ont fuité (pourquoi ?) - énervement du président de la République, rappel à l'ordre et à la Constitution : Le président est le chef des armées – démission du chef d'Etat major, événement rarissime. Devons-nous toutefois parler d'humiliation en ce qui concerne ce général ? Le chef de l'Etat n'est-il pas  effectivement le chef des armées ? Mais en le rappelant haut et fort, il aurait dévoilé une évidence masquant justement un manque d'autorité. Nous avons eu le sentiment en tout cas que l'opposition guettait le moindre faux-pas pour en faire une affaire d'Etat. C'est le jeu de l'arène politique dira t-on. Mais justement les Français n'ont ils pas fait savoir qu'ils n'en pouvaient plus de cette soupe nauséabonde et que cela donnait même sens au récent et incroyable parcours de Macron ? Il ne faut pas se tromper de front. Certes la présentation en termes de dépassement du clivage droite/gauche initié par le candidat Macron a vraisemblablement été hypocrite, en ce sens qu'il a répondu à une attente, vérifiée d'ailleurs, des Français. Mais de là à retomber dans les travers les plus détestables de ce clivage ... Certes les questions de défense ne sont pas à prendre à la légère et comme le prétend justement Jean-Luc Mélenchon, les dépenses doivent succéder à l'urgence des missions et non constituer une variable d'ajustement. S'il faut dépenser de l'argent pour la défense alors il faut le faire. Mais faut-il pour autant s'interdire de penser le ratio d'encadrement qui paraît problématique, tout comme en Grande-Bretagne d'ailleurs ? Que penser de ce que l'on appelle la deuxième section, composée de généraux à disposition du ministère de la défense mais qui ne sont pas en activité et disposent encore d'avantages substanciels ? De celà, il est vrai, il n'a pas été question. Voilà pour le premier fait que nous voulions évoquer.

Ensuite il y a eu ce qui a été présenté comme un cafouillage à l'Assemblée nationale dans la nuit du 25. Certes les images montrent une président de séance visiblement dépassée par les événements qui a besoin d'un costume cravate derrière elle pour lui souffler semble t-il quelques conseils, une chambre très clairsemée, des députés qui se lèvent, contestent, prennent la parole au motif de rappel du règlement. Mais justement, cela a donné à l'Assemblée nationale un air de jeunesse. On se serait cru en 1789 quand les jeunes élus découvraient une vie parlementaire à inventer. Plutôt réjouissant. Mais peut-être est-ce justement trompeur. Derrière ce tableau candide on trouvera tôt ou tard des enarques prêts à remettre ces députés dans le droit chemin. Pour le cacher, il fallait laisser croire à un cafouillage révélateur d'une autonomie et d'une auto-organisation de l'Assemblée nationale, ce qu'elle n'est peut-être plus.

 

 

sciences politiques

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