Licenciements et philosophie politique

Dans son billet politique du 11 décembre sur France culture, Hubert Vuertas fustige la légèreté du Président d'EADS auquel on demande de motiver les licenciements annoncés. On comprend qu'une telle chronique intervienne dans un billet « politique », puisqu'il s'agit de réfléchir à la dimension politique d'un décision économique. Mais sans être un défenseur acharnée de la libre entreprise dérégulée, nous devons noter qu'un tel questionnement ne va pas de soi. Doit-on condamner le Président d'EADS sous prétexte qu'il dirige un groupe emblématique français? Bien sur que non car alors les PME pourraient tout se permettre sans attirer les foudres d'un quelconque chroniqueur.

Serait ensuite en cause la responsabilité sociale des entreprises. C'est un problème grave en effet mais il faut savoir où situer le rôle des entreprises et de la collectivité. Le rôle des pouvoirs publics n'est-il pas simplement, avec des moyens sans doute plus conséquents que ceux dont ils disposent actuellement, d'accompagner le changement, les restructurations plutôt que les empêcher? N'a t-on pas entendu sur la même station radio un chroniqueur fustiger l'appel à une main d'œuvre étrangère pour fournir des postes dans l'industrie des machines-outils agricoles, alors même que des compétences proches seraient à puiser dans la main d'œuvre licenciée du secteur automobile?

L'entreprise capitaliste obéit à ses règles et qui ont peu à voir avec la charité, c'est un fait. Il ne s'agit pas de ressortir ici les vieux poncifs d'inspiration smithienne sur la charité et l'intérêt personnel, ni même de soupçonner les entreprises de favoriser le bien-être de leurs salariés uniquement pour accroître leur productivité et donc la rentabilité des actionnaires. Sans doute est-là un fait. Au surplus accorderons nous que l'emprise du capitalisme financier s'est avérée trop importante au mépris des salariés et du capitalisme industriel lui-même. Mais alors il faut poser le débat clairement en ces termes. Pour l'heure, il s'agit des motivations économiques d'une décision économique. Les questions politiques n'ont pas à interférer. On ne peut pas dire aux dirigeants économiques : arrêter de licencier car il y a des élections dans 6 mois et que les Français risquent de voter pour le Front national. Car soyons honnête, c'est de cela dont il est question. Les chroniqueurs connaissent les vieux démons de toute démocratie : la sécurité dans l'ordre plutôt que l'insécurité dans la liberté. Certes Karl Polanyi nous dirait que les individus ont toujours préféré la sécurité et que c'est justement le système de marchés créateurs de prix qui a plongé les individus dans l'incertitude du lendemain, que la monnaie, la terre et les hommes sont des marchandises fictives et qu'elles ne peuvent le devenir que sous couvert d'une complexe armature institutionnelle. Et pour lui il ne s'agissait pas de miser contre la liberté mais de retourner tout bonnement à la nature humaine. Nous retrouvons alors la sempiternelle question rousseauiste : N'est-ce pas la société qui a corrompu un Homme naturellement bon? Mais c'est oublier un peu vite que la vie n'est pas un cadeau, qu'être plongé dans le monde c'est lutter, que la rareté des ressources fait partie de notre essence. En défendant sa théorie de l'évolution, Darwin ne se situait pas dans le camp des méchants capitalistes, mais sur le terrain de l'existence. Après évidemment on peut bien admettre que les acteurs économiques cherchent à se protéger de l'incertitude, de la concurrence, que la routine s'est substituée à l'innovation continuelle et que les chantres de la compétition sont eux-mêmes protégés par des barrières invisibles d'origine institutionnelles. Et effectivement, comment justifier la concurrence si cette dernière n'est pas « parfaite », si elle ne répond pas à des critères rationnels qui sont supposés la justifier comme l'aurait proclamé l'économiste français Léon Walras?

Personne ne peut souhaiter de toute façon la guerre de tous contre tous et tel n'était pas l'intention de Darwin. Reste alors à réfléchir sur le bon équilibre entre concurrence et compétition. N'est-ce pas au fond ce qui structure l'organisation des systèmes productifs locaux? Mais alors c'est le réseau de PME existant dans ce pays qu'il faudrait contribuer à solidifier. 

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