Attitude et culture politiques

Ce sujet comporte deux documents.

DOCUMENT 1

Clivage gauche-droite et valeurs

 

(%)

 

Gauche

 

Centre

 

Droite

Ni  gauche, ni   droite

Il faudrait rétablir la peine de mort

20

28

45

40

Il y a trop d'immigrés en France

33

50

75

57

L’homosexualité est acceptable

85

76

71

76

Les chômeurs pourraient trouver du travail s'ils le voulaient vraiment

 

40

 

60

 

75

 

67

Il faut donner plus de liberté aux entreprises

50

73

85

73

On n’est en sécurité nulle part

29

37

47

48

Il faut donner le droit de vote aux étrangers

 

82

 

66

 

49

 

63

La France doit s’ouvrir davantage

46

45

35

27

La France doit se protéger davantage

28

33

47

45

 

Source : « La gauche, la droite : les limites d’une identification politique », Sylvain BROUARD & Henri REY, Le Baromètre Politique Français (2006-2007) – 4ème vague –,

CEVIPOF, Février 2007.

DOCUMENT 2

Des enquêtes d’Annick Percheron (1977 et 1993) pour la France montrent que la transmission des préférences idéologiques entre parents et enfants est de l’ordre de 50% (contre 44% aux États-Unis).

[…] La transmission des valeurs politiques à travers la famille est ainsi avérée dans l’ensemble des démocraties occidentales, à condition de l’analyser en des termes propres au système politique et à la « culture » de chaque pays. C’est ainsi qu’Annick Percheron, comparant les recherches effectuées dans plusieurs pays sur ce thème, montre que le degré de transmission est comparable ou égal […]. Ainsi,  en Italie, en France, voire en Hollande, cette transmission se structure en fonction d’orientations envers la « droite » ou la « gauche ». Aux États-Unis, en Angleterre et en Allemagne dont la vie politique est articulée par la domination de deux grands partis, c’est en termes d’identification à ceux-ci qu’elle s’analyse. La famille constitue donc un vecteur important de la transmission des valeurs politiques et ce, d’autant mieux que les père et mère ont les mêmes opinions affirmées.

 

Source : Science politique, Dominique CHAGNOLLAUD, 2010.

 

Le sujet :

Analyser la causalité : CULTURE POLITIQUE => ATTITUDE POLITIQUE.

1° Cela suppose une maîtrise et donc une présentation de ces 2 notions dans l’introduction.

2° La socialisation politique est un aspect secondaire du sujet. Le problème c’est que le DOC2 évoque la socialisation familiale.

3° Une bonne partie de la discussion devra donc porter sur ce qui fonde les attitudes politiques CAD en France en particulier le clivage droite-gauche dont on sait que le contenu a évolué au cours du temps et que la pertinence même est discutée de nos jours.

L’analyse des documents  :

DOC1

Evoque les valeurs de droite et de gauche. Permet donc d’identifier les attitudes politiques, et c’est tout. Ne permet pas de réfléchir au lien culture-attitude.

DOC2

Il s’git d’un sondage qui évoque la force de la transmission des préférences idéologiques parents-enfants selon les pays et notamment selon l’organisation de la vie démocratique dans ces pays, ce qui est intéressant. La famille constitue alors un vecteur plus ou moins fort de transmission. 

Au final une problématique se dessine : selon la culture acquise ou héritée, on n’aura pas les mêmes attitudes. Pour autant on ne peut pas répondre en 2 parties du type : I/Valeurs et attitudes de droite, II/Valeurs et attitude de gauche, et pourquoi pas : III/Autres !

Des plans du type : I/La socialisation familiale, II/Les attitudes politiques sont à éviter.

Démarche et plan :

Emmanuel Macron s'est notamment fait élire en mai 2017 sur le slogan  : «  Et droite et gauche  ». Cela a t-il révélé une attente profonde des Français ne se reconnaissant plus dans le clivage habituel  ? Ou bien cela at-il contribué à le casser  ? Les idées dites de gauche et de droite n'ont-elles pas évolué au cours du temps  ?

D'une manière générale le clivage droite-gauche qui remonte au minimum à la Révolution française, permet de rendre compte des opinions mais aussi des attitudes politiques. Celles-ci constituent un intermédiaire entre les comportements et les opinions. Elles renvoient aux dispositions à penser et à agir d’une certaine manière qui ne se traduisent pas forcément par un comportement effectif. Les attitudes sont forgées par un système de normes et de valeurs qui constituent notre culture politique et qui est bien souvent hérité de nos parents.

Aussi nous allons voir d’abord qu’il existe des attitudes spécifiques aux cultures politiques puis nous verrons ensuite qu’elles sont liées au contexte, familial, national et plus largement historique.

I/ S’il existe des attitudes spécifiques aux cultures politiques …

A) Les cultures de gauche et de droite.

Bien montrer les centres d’intérêt différents et les « obsessions » de chaque type d’orientation partisane et les analyser en terme d’axe : libertés civiles <--------> libertés économiques. Ainsi les individus se déclarant de gauche insistent sur les libertés civiles et ceux de droite sur les libertés économiques.

Utilisation du DOC1 : Sur Français interrogés classés à droite, 75 considèrent qu’il y a trop d’immigrés en France, contre un tiers classés à gauche. Cela traduit un clivage autour du multiculturalisme qui est une valeur de gauche plutôt que de droite et le rapport à une certaine réalité, cf. film « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu » quand le père, gaulliste et républicain, évoque le quartier de Barbès à Paris ! Clivage qui se retrouve lorsque l’enjeu porte sur le droit de vote aux immigrés, …

Il est vrai que le clivage droite/gauche a tendance à se brouiller comme l’a montré le projet de loi finalement retiré sur la déchéance de la nationalité par le président Hollande, ancien secrétaire général du parti socialiste donc classé à gauche, défendant ici une posture plutôt de droite. De même en proposant un choc fiscal et un crédit d’impôt recherche le président Hollande défendait une posture de droite. On se souvient aussi du discours de l’ancien premier ministre, Manuel Valls à Londres : « I’m pro business ».

On pourrait aussi s’intéresser à l’attitude du « centre » qui comme le prétendait François Mittératd n’est « ni de gauche, ni de gauche » sous-entendu qu’il était de « droite ». Il est vrai qu’à l’époque l’UDF formait toujours une plateforme de gouvernement commune avec le RPR, plus à droite mais ayant aussi lui-même évolué d’un discours économiquement souverainiste (discours de Jacques Chirac dans les années 70 opposé à la construction européenne des « multinationales » et celui des années 80 très libéral. D’ailleurs Chirac deviendra premier ministre en 1987 sur un programme économiquement libéral : libéralisation des prix, privatisations, …) 

B) Le rejet de l’orientation partisane et de la politique.

Le rejet de la politique qui est, après tout une attitude possible, se traduit, lorsqu'il y a vote par un vote contestataire, tourné vers les partis «  hors systèmes  » comme le Front national ou la France insoumise plus récemment. Certains associeront ces partis au populisme c'est-à-dire au fait de flatter les instincts populaire pas toujours raisonnables  : «  prendre aux riches, aux nantis pour donner aux pauvres  », «  stopper l'immigration  », «  réprimer la délinquance plus sévèrement  », selon les partis.

II/ … elles sont liée aux contextes familial, national et historique.

A)  La culture politique dépend des pays, il y a des cultures nationales spécifiques.

Exemple 1  : Etre libéral ne signifie pas la même chose en France ou aux USA. En France c'est être économiquement libéral et donc plutôt classé à droite, alors qu'aux USA c'est être socialement tolérant, pour le mariage gay, la légalisation du cannabis, etc. et plutôt classé «  démocrate  »

Exemple 2  : Comme on vient de le voir, la vie politique américaine n'est pas structurée comme en France, ni même comme en Allemagne, et ainsi de suite. Si on raisonne aisément en France autour du clivage droite-gauche et son cortège de parti, en Allemagne ou aux USA ce sont 2 grands partis qui structurent les orientations partisanes, les partis républicain et démocrate aux USA, les partis conservateur et socio-démocrate en Allemagne. Il est alors difficile de dire que les démocrates représentent la gauche et les républicains la droite « française ».

Exemple 3 : Le rapport à la politique et à l’action politique est aussi fortement corrélé à la culture nationale. Il ya des pays plus « légalistes » que d’autres. Par exemple les danois considèrent que la capacité de se faire entendre passe avant tour par le vote et marginalement par la grève alors qu’en Pologne il n’y a même pas 2 fois plus de personnes qui pensent qu’aller voter a plus d’impact que faire grève, selon un eurobaromètre établi en 2012.    

B) La famille joue un rôle puisqu'à travers la socialisation primaire, nos parents nous transmettent des valeurs qui vont forger nos attitudes même si elles sont susceptibles d'évoluer, à travers la socialisation secondaire. Avoir des parents engagés, qui s'intéressent à la politique qui en débattent qui discutent ou inversement qui fuient le sujet va de toute évidence nous influencer et au minimum forger notre capacité à argumenter et à nous faire notre propre opinion et plus globalement notre attitude politique et face à la politique. Par ailleurs on sait que la force du lien culture-attitude tient à la force de l’imprégnation culturelle. Or il se trouve que la socialisation familiale dispose d’une telle force dans la mesure où elle est primaire et surtout première et presque primitive pourrions nous dire. C’est notre faculté de jugement elle-même qui sera altérée et au pire conditionnée par l’imprégnation familiale. Il est difficile de s’en démarquer, quand bien même nos parents nous apprennent à argumenter et éventuellement à contester in fine leurs propres opinions.

Pour conclure on voit les attitudes politiques sont largement influencées par la culture. D’une certaine manière cela est logique puisqu’il existe normalement une certaine constance dans les comportements et opinions. Or en servant de guide à l’action, la culture constitue la matrice de nos pensées. Celle-ci dépend à sont tour d’un ensemble de facteur, nationaux et familiaux et définissent les types de clivage qui ont cours dans un pays et qui ne se résument pas forcément au traditionnel clivage droite-gauche. Nous avons vu d’ailleurs qu’il était lui-même évolutif. Qui oserait dire de nos jours, comme Jules Ferry en sont temps que les races supérieures ont le devoir de coloniser les races inférieures ?
 

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