4/Culture et attitudes politiques

Fiche de synthèse

Les mécanismes de la socialisation?

On a les mêmes idées que ses parents?

La socialisation politique semble opérer par imprégnation sans que cela soit forcément conscient : aller voter avec ses parents, écouter leurs conversation, participer avec eux (ou non) à des manifestations tout comme on partage certaines de leurs pratiques culturelles comme aller à la messe, aller au théâtre, etc. Les parents nous transmettent un habitus* qui contient évidemment une composante politique.

On comprend alors que le contenu du clivage partisan droite/gauche est essentiel. Pour savoir comment opère la transmission des attitudes politiques, encore faut-il savoir ce qui est transmit. Comme nous l'avons vu en cours, le clivage droite/gauche n'est pas statique. Comme l'indique S. Maurer ("La socialisation politique, Nouveau manuel de sciences politiques, 2009) : "Quoi de commune entre un PS auquel un père a pu adhérer en 1971 et celui auquel son fils adhérerait aujourd'hui en [2013]? Quel contenu partagé entre le fait d'être "de droite" à l'ère du gaullisme et à celle du sarkozysme? On peut aussi se référer au discours de janvier (2014) où le président Holande revendique son appartenance sociale - démocrate, sous - entendu acceptant les règles du marché et la nécessité de rendre les entreprises françaises plus compétitives, comme l'avait fait le président Mittérand 3 décennies plus tôt, notamment après un voyage aux USA et en particulier à la Silicon Valley. En tout cas toujours pour S. Maurer cela pose la question du vocabulaire utilisé pour rendre coimpte de la relation parents/enfants en matière d'attitude politique : "héritage, transmission, legs, filiation, etc. " Comme elle le souligne justement un meuble qui va des parents aux enfants ne change pas de nature, ce qui n'est pas le cas des idées! Que penser alors des travaux développés aux USA, que l'auteur que S. Maurer ne cite pas, sur la génétique des comportements et en particulier l'identification du gène "de droite" et "de gauche"? Ne risque t-on pas de rencpntrer les mêmes problèmes d'identification? Un gène "de droite" sait-il que la droite à laquelle il se réfère n'est plus la même que celle d'il y a 30 ou 40 ans, voire moins?

* Habitus : dispositions permanentes acquises durant l'enfance qui orientent notre façon de vivre et de percevoir le monde. Ces dispositions sont "incarnées dans le corps" et l'on peut avoir l'impression d'une transmission génétique.

La continuité politique concerne les 2/3 des Français (droite, gauche ou apolitisme) (DOC8). Reste donc 1/3 pour lesquel la socialisation "mécanique" a été imparfaite : Les parents n'ont pas toujours eux-mêmes des préférences homogènes, les enfants ne savent pas toujours de quel bord sont leurs parents, la force des préférences parentales diffère selon les partis (un affilié FN risque d'être plus virulent qu'un affilié MODEM!) (DOC9), la transmission d'un héritage politique peut sauter une génération, tout dépend de la gestion du militantisme par les parents car les enfants peuvent finir par être écoeurés ou trouver qu'ils sont sacrifiés à la cause de leurs parents (DOC10b) etc.

Au final seulement 10% des Français ont changé de camp par rapport à leurs parents. Du coup la distinction socialisation primaire*/secondaire* perd un peu de son importance puisque la socialisation primaire joue très bien son rôle. Mais reste à savoir à quel niveau. Pour A. Percheron, ce sont l'"identité nationale, l'intérêt et la compétence pour la politique" qui vont durablement imprégner les individus, ensuite leurs préférences partisanes pourront évoluer. Rien n'est définitivement écrit à la sortie de l'adolescence (DOC10a). Remarquons que le degré de liberté restant pour la socialisaiton secondaire atténue l'idée d'une génétique du vote car si les préférences sont génétiquement déterminées, elles sont données à la naissance et ne doivent normalement plus bouger, à moins encore une fois, que le contenu réel de ce qui fait la gauche et la droite change au cours du temps : le gène "de droite sait" qu'il est de droite mais les hommes politiques de droite se "gauchisent" ou les hommes de gauche se "droitisent", du coup le comportement politique des individus semble ne plus correspondre à la logique de leur identification partisane initiale.

* Socialisation primaire : Apprentissages des règles sociales et des rôles sociaux durant l'enfance.

* Socialisation secondaire : Apprentissage des règles sociales et des rôles sociaux tout au long de la vie d'adulte.

 

Une illustration de socialisation politique : Trois pofils d'adhésion au front national, d'après un article de Valérie Lafont publié en 2001 dans la Revue française de sciences politiques, disponible en intégralité à : http://www.peoilnero.com/Article%207.pdf

Philippe est étudiant, il est né en 1974 dans une petite ville du centre de la France,dans une famille d’aristocrates, encore propriétaires terriens. Son histoire peut sembler la plus naturelle lorsqu’on veut expliquer un engagement au FN : c’est une histoire de continuité et de filiation familiale à l’extrême droite, parfaite. Il la décrit ainsi : « C’est le Front national qu’est venu à moi, c’est pas moi qui suis allé au Front national, je suis dedans à la maison on parle de politique un peu toute la journée, quand on regarde les informations, on lit le Figaro, on commente, à table bien évidemment parce que c’est là qu’on se réunit, la politique c’est le quotidien, c’est le quotidien de la famille. Tous mes aïeux ont eu des fonctions politiques de tout temps, sous l’Ancien Régime ils étaient déjà conseillers du Roi, ça a commencé surtout avec Henri IV (…) Mon grand-père a été maire de notre ville, il a été rappelé par Pétain alors qu’il avait lâché le flambeau (…) il était bien évidemment engagé à droite (…) monpère est président du syndicat X, et les propriétaires sont rarement de gauche (…) il a bien évidemment milité pour Tixier-Vignancour, il a fait des actions pourl’OAS au moment de l’Algérie française (…) et puis il a fait un militantisme assez conséquent au moment de la guerre puisqu’il avait 15 ans (…) Mon frère aîné F. était secrétaire FNJ. Mon frère E. est tout à fait FN, même s’il milite moins, tout le monde est Front national dans la famille, ma famille proche, comme ma famille éloignée (…) mon troisième frère a fait beaucoup de militantisme au MJCF et au RE (…) Après ’y a moi, voilà ! // c’est une continuité énorme. J’essaie de la faire mienne. »

Marc est né en 1970 en milieu rural dans la région parisienne, de parents ouvriers. Il est titulaire d’un DEUG et occupe un poste de manutentionnaire dans une petite entreprise. « Jusqu’à l’âge de 14-15 ans j’ai eu des opinions de gauche, j’ai même traîné un petit peu avec les gens de la JC, j’aurais même pu à un moment donné franchir le pas, mais il y avait quelque chose qui me retenait chez eux (…) je crois un peu qu’ils portaient leur soutien à l’URSS depuis 70 ans (…) la justice sociale, l’amour de la terre, l’amour des traditions, ils défendaient ça aussi, (…) c’est eux qui m’ont donné un mélange de tout ça (…) mais il y avait un appel irraisonné qui me disait “non n’y va pas !” (…) À 14-15 ans je me cherchais un peu, puis subitement j’ai eu envie un jour d’embrasser la carrière militaire, j’avais lu un livre (…) qui défendait les valeurs de la camaraderie, l’honneur, la fidélité, l’esprit de sacrifice, de dévouement, et tout ça, quand on a 15 ans, 16 ans, c’est des mots qui marquent un peu le cœur, on a envie d’aller plus loin (…) Et puis je me suis rendu compte, finalement, je vivais dans une cité HLM, j’avais des problèmes, quelques problèmes d’identité (…) le Front à l’époque commençait un petit peu à faire parler de lui, il me semblait d’abord le parti le plus militariste (…) il y avait ce besoin de justice sociale (…) il y avait ce souci d’identité, donc je me suis rapproché d’eux.
 
Blanche est née en 1975 dans la banlieue d’une grande ville, de parents ouvriers. Elle est titulaire d’un bac professionnel et occupe à temps partiel un emploi de femme de ménage. Son histoire souligne d’une autre manière le rôle socialisateur du FN face à un engagement « non politique ». « C’est un peu O. qui m’a un peu poussée à militer (…) j’étais pas politicienne, ça m’intéressait pas beaucoup (…) moi j’avais pas trop d’idées politiques, j’avais 17 ans donc j’avais un peu un a priori comme un peu tout le monde [sur Le Pen] (…) O. m’a emmenée voir les FNJ, j’ai fait connaissance (…) et ils faisaient des soirées tous les vendredis donc une fois ou deux on est allés avec eux (…) j’ai commencé avec O., comme il militait, j’ai dit, bon je vais pas rester toute seule à la maison alors ben j’ai milité aussi, et voilà (…) J’ai dit que je vais coller et tout, j’étais la première fille à coller ! //avant j’étais très timide, très réservée et [le militantisme] ça m’a permis de prendre de l’avance, maintenant je sais ce que je veux. Je sais où je veux aller, je sais ce que je veux faire pour y aller, je ne suis plus réservée maintenant. Maintenant j’ouvre ma grande gueule, je dis ce que je pense ».
 

Reprenons un peu les histoires de Philippe, Marc et Blanche. 
 
Pour Philippe, évidemment, c'est la socialisation primaire qui l'a "formaté". Il n'a pas eu besoin de réfléchir à son engagement. Il lui est apparu évident. 
Eléments d'imprégnation culturelle : * famille aristocratique * parents propriétaires terriens * lecture du Figaro (journal de droite "classique", ce n'est pas non plus Minute ou National hebdo, clairement d'extrême droite) * discussions quotidienne autour de la politique * tradition politique familiale * grand-père pétainiste * frères déjà militants et exerçant des fonctions au FN. 
 
Pour Marc, c'est plutôt la socialisation secondaire qui a été déterminante : Parents ouvriers, attirance pour le Parti communiste dans sa jeunesse. Mais suite à son engagement dans l'armée et les valeurs qu'elles représentent, il s'est senti bien plus proche du FN. Militer au FN fut un choix conscient mais évident. 
 
Pour Blanche, c'est aussi la socialisation secondaire, par les pairs plus exactement, qui a joué pleinement en faveur de son engagement militant. Le FN lui a même permis de se socialiser puisqu'à travers les activités militantes, elle a pris confiance en elle et a trouve un sens à sa vie. 
 
 

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