La victoire de Donald Trump : Impressions liminaires

Difficile de rester indifférent à l'élection de Donald Trump pratiquement présentée comme cataclysmique. Il faut vraiment que le monde retienne son souffle ...

Le monde de la finance, évidemment. On s'attendait à un effondrement des marchés financiers. La Bourse japonaise a la première ouvert le feu en chutant de plus de 5%. Celà s'annoçait fort mal. Mais la bourse parisienne après un retrait tout relatif osa même cloturer en hausse de plus de 1%. Même comportement ou presque ailleurs notamment à Wall Street. Les clients du Crédit agricole, je ne sais pas pour les autres, ont pu avoir la surprise de recevoir une lettre d'information sous forme d'e-mail : "Election américaines. Impact sur les marchés financiers". Citons uniquement la fin. "La réaction des investisseurs n’est pas aussi marquée qu’au lendemain du référendum britannique du 23 juin dernier et les marchés ne semblent pas pour l’heure céder à la panique. Au-delà des turbulences à court terme, les impacts économiques et politiques pourraient néanmoins être significatifs et ne se matérialiseront que progressivement à toute la sphère financière. Face à cet environnement incertain, nous tenons à vous rappeler que votre Conseiller demeure à votre écoute pour vous accompagner dans le pilotage de votre épargne. Bien cordialement." Fabuleux ! Et l'on sait de quoi peuvent avoir peur les financiers et les banquiers, les deux ne faisant plus qu'un de toute façon, de la séparation bancaire. En effet Trump n'est pas comme Clinton un enfant de Wall Street mais de l'immobilier. Certes il y a des liens incestueux entre les deux et la crise des subprimes l'a abondamment illustré. Ce n'est ainsi pas un hasard si la Chronique d'Agora, site libéral d'obédience hayekienne, particulièrement critique vis-à-vis de la politique monétaire suicidaire de la Fed et de la BCE, voit plutôt d'un bon oeil la victoire de Trump. N'ayons crainte de toute façon, Trump reste quand même un capitaliste et ne manquera pas d'être pragmatique. Et s'il porte le coup d'épée contre la finance, n'oublions pas comme nous le rappelle Hongbing Song dans sa Guerre des monnaies, que les présidents américains peuvent vite se faire assassiner. Et vu la détestation dont est porteur le nouveau président, cela ne surprendrait personne.

En France l'émoi est grand, comme il le fut après le 21 avril 2002. Presqu'une soirée de deuil. Trump s'est présenté lui-même comme une caricature de candidat et c'est bien ce qui a plu aux Américains. Il a franchit les frontières jusque là préservées. Olivier Duhamel dans l'édition spéciale programmée sur Antenne 2, L'émission politique, prétend même que quelque que soit par la suite sa politique, ce dernier aura de ce fait opéré une véritable révolution.

On a pu entendre aussi des commentaires du type "mais qu'en est-il du rêve américain issu de l'élection de Obama en 2007" ? Mais c'est justement parce que le rêve américain s'est encore davantage effiloché, pour preuve un discours fameux d'Obama, que les électeurs ont voté pour Trump. Et puis ne nous avait-on pas dit que la croissance était repartie aux USA, que le chômage tendait vers zéro ? Ne découvre t-on pas, avec une sévère gueule de bois, que la crise est au contraire profonde ? Que les travailleurs pauvres cumulant plusieurs jobs sont loin d'avoir disparu ? Que 80% des Américains vivent dans la précarité ? Qu'une partie d'entre eux vivent dans des hôtels, moins chers que des logements (Cf. Reportage Le Prix du rêve américain) ? Que les chiffres du chômage étaieint faussés ? Que l'Amérique profonde, celle de la périphérie -tiens, tiens, cela rappelle un vague problème franco-français-, se soit révoltée contre les effets délétères de la mondialisation ? Alors évidemment selon une rhétorique très 19ème, on peut toujours dire que les pauvres n'ont qu'à arrêter d'enfanter et qu'ainsi ils amélioront leur sort. L'eugénisme n'est pas très loin, invention américaine d'ailleurs. Certains n'ont-ils pas prétendu aussi que cette élection était la dernière chance pour l'électorat blanc américain de défendre ses intérêt avant le retournement démographique qui le rendra inéluctablement minoraitaire ? Lutte de races et lutte des classes ?

Autre commentaire éclairant entendu, "la démocratie c'est bien mais il faut voter sérieusement". Cela résume tout. Le peuple américain aurait-il démenti la thèse son illustre compatriote, inventeur des spin doctors, Edward Bernays, pour lequel les partis politiques devaient créer l'opinion publique et la population s'en remettre à un gouvernement invisible ?

Il n'est jusque dans les sites de rescensions d'ouvrages comme no-fiction.fr, qui n'essayent de chercher à "comprendre ce qui nous est tombé sur la tête mardi matin " ... Belle illustration une fois encore du désarroi qui s'est emparé d'une grande frange des intellectuels. Osons alors un sourire de coin en face de l'effondrement du système médiatique et sondagier. Ne sont-ce pas 200 journaux américains contre 8 qui soutinrent ouvertement Hilary Clinton ? Au sein du parti qui l'a investi il n'a jamais fait l'unanimité, à tel point que l'ancien président tant décrié, J. W. Bush, a même avoué qu'il avait vôté "blanc". Incroyable. Jusque la veille au soir du résultat l'émission politique d'Europe 1 véhiculait encore l'idée selon laquelle la victoire de Trump était "invraisemblable", les spécialistes n'osant pas ouvertement parler d'impossibilité. Le fait que le personnage ait si mauvaise presse le rend mécaniquement sympathique. Ah oui, c'est vrai, il a eu des propos misogynes, nos dirigeants eux préfèrent l'adultère et les enfants cachés, il est populiste, nos dirigeants eux méprisent la population en la qualifiant de sans-dents, en acceptant les cadeaux venus du Qatar, il est nationaliste alors que nos élites vilipendent leurs nations et passent outre les décisions de leurs peuples lorsqu'ils décident faire une pause dans l'aventure supranationale européenne.

Aussi dans ce contexte, c'est bien un peu inquiet que l'on a pu écouter les premières déclarations de Trump et attendre avec appréhension son entretrevue avec le président Obama. Et puis rien. Il a de toute évidence joué la réconciliation. Ses propos sont apparus mesurés, rassembleurs presque obséquieux envers l'administration démocrate. Ce n'est pas étonnant dans la mesure où ses propos économiques lors de sa première déclaration, furent dignes d'un homme politique de gauche comme l'a judicieusement souligné Jean-Luc Mélenchon, avec ses projets de construction dignes d'un Roosevelt, qui reste quand même avec Reagan, un autre improbable président, le plus grand président dans la mémoire collective américaine.

 

sciences politiques

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