société

Genre et idéologie

C'est la grande trouvaille des partisans du genre, que d'affirmer que les représentations sociales sur le sexe sont préalables à son substrat biologique. Il a souvent été dit qu'un tel positionnement poursuivait les travaux de la French theory dont se réclament de nombreux auteurs. Le monde est une construction sociale, intellectuelle, contingente. Il est donc permis de le déconstruire. Déconstruisons, déconstruisons, c'est la loi et les prophètes !

Il s'agit alors de dénaturaliser le sexe pour révéler au grand jour les rapports de domination qui régentent les relations hommes-femmes. Il n'y a rien de naturel à ce que les femmes accèdent moins que les hommes aux postes à responsabilité (le fameux plafond de verre), qu'elles soient moins rémunérées que les hommes pour un emploi identique, qu'elles consacrent davantage de temps aux tâches rébarbatives. Non, il n'y a rien de génétique là-dedans. Mais alors questions simples, emprunt de sexisme larvé diront certaines : Pourquoi les femmes n'arrêtent-elles pas de faire le ménage ? De s'occuper des enfants ? De faire les courses ? De préparer à manger ? A cause d'une culpabilité, socialement construite ? Mais si elles le font toutes en même temps, ce sentiment du devoir inaccompli tombera normalement de lui-même. Mais on le sait aussi une telle révolution implique une action collective concertée extrêmement difficile à mettre en place. Les économistes nous l'ont appris avec leur notion de free rider. Chacun à intérêt à laisser les autres supporter le coût d'une action collective. Elles ne le font pas car elles sont financièrement dépendantes de leur mari ? Mais pourquoi donc ne pratiquent-elles pas l'hypogamie ? Il se trouve que depuis les cohortes de 1940-45 la tendance s'est inversée et qu'il y a désormais autant de couples endogames que de couples où la femme est plus diplômée que son conjoint (sous hypothèses, cf. Milan Bouchet-Valat, 2015). Donneraient-elles enfin tort aux tenants de la psychologie évolutionnistes qui peuvent encore intituler leurs livres : Pourquoi les femmes des riches sont belles ?

Que le couple constitue un espace de domination comme les autres n'est pas une idée absurde. Et des auteures comme Danièle Kergoat l'ont très bien montré. Mais pourquoi diantre faire entrer la notion de genre dans l'arène ? Pourquoi ne pas en rester aux inégalités de sexe ? Après tout chacun est capable de faire la distinction entre différences et inégalités qu'elles soient de sexe ou de classe. Parler d'inégalités de sexe est déjà suffisammnet éclairant surtout lorsqu'on y adjoint l'idée de domination masculine. Certes l'évocation des rapports sexuels ouvre la voie, toute comme la littérature en terme de genre, aux délires des extrêmistes souhaitant abolir le sexe pour rompre définitivement avec la domination masculine. "Tous gays" proclameront-ils/elles ! Eh oui, que n'y pensions-nous ? Le problème toutefois c'est que les trop rares études sérieuses sur ce thème ont montré que les rapports de domination ne disparaissaient pas au sein des couples homosexuels. Il faut bien faire les tâches du quotidien !

Parfois les lunettes du genre comme il est dit confinent à l'idéologie honnie. Il suffit de regarder la petite vidéo du Centre Hubertine Auclert, "C'est quoi le genre ?". Pour justifier les inégalités de salaire, le documentaire compare le salaire d'une femme et d'un homme. 1800 euros contre 2300 euros. 28% d'écart peut-on calculer. Les chiffres attirent l'oeil. Très bien. Il doit bien s'agir des mêmes professions. Or pas du tout. Ce sont deux postes différents qui sont comparés : un chargé d'études et une chargée de communication. Inégalité ou différence de salaire ? On retrouve le même genre de biais dans les tableaux statistiques de l'INSEE. On peut y voir des hommes disposant d'un revenu salarial moyen de 22550 euros en 2011 contre 16720 pour les femmes. Ecart : 34,8%. Faramineux ! Or paradoxalement rien n'est dit ici sur les inégalités salariales. La seule chose que l'on sache c'est que les inégalités parmi les femmes actives sont bien plus fortes que parmi les hommes actifs. Mais il s'agit d'une autre donnée. L'écart de 34,8% renvoie en fait à des écarts, que l'on peut dénoncer par ailleurs, de statut de l'emploi et d'accès aux postes à responsabilité. Les femmes sont davantage touchées par le travail à temps partiel et accèdent moins aux postes de cadres. Il est donc statisitiquement logique qu'elles gagnent en moyenne moins que les hommes.

Plus gravement les tenants de la primauté du genre fourbissent les armes de leurs ennemis car deux approches radicalement différentes sont permises à partir de la primauté du genre sur le sexe. Un camp déconstructeur et un camp conservateur. Le premier souhaite l'abolition du sexe et le libre choix du genre. L'individu prime sur la société. On voit aisément le lien avec la gauche libéral-libertaire. Le second proclame qu'il ne faut pas toucher aux stéréotypes de genre sous peine de destructurer la société. Cette dernière prime sur l'individu. Il y a des normes et des valeurs que les individus n'ont pas choisi, après tout Marx nous l'a appris il ya longtemps, ce sont les Hommes qui font l'histoire mais dans des conditions déterminées ...

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